Spiritueux français artisanaux : le grand tour des distilleries qui font vibrer nos terroirs

Quand on pousse la porte d’une petite distillerie de Gascogne ou de Normandie, quelque chose change dans l’air. L’odeur du cuivre chaud, le parfum dense des fruits en fermentation, la lumière dorée qui traverse les vieux chais. Voilà ce qui fait la singularité des spiritueux français artisanaux : un héritage liquide, fragile, transmis de génération en génération, et qui connaît aujourd’hui une renaissance impressionnante.
La France compte désormais plus de 400 distilleries artisanales en activité. Certaines perpétuent des traditions vieilles de plusieurs sièclés, comme l’Armagnac distillé depuis le XIVe sièclé. D’autres réinventent le paysage des alcools français avec des whiskies bretons, des gins provençaux ou des rhums agricoles antillais. Entre patrimoine et audace, cette scène foisonnante mérite qu’on s’y attarde, qu’on goûte, qu’on apprenne à reconnaître ce qui se cache derrière le mot « artisanal ».
Voici un voyage complet à travers les eaux-de-vie de fruits, les grandes liqueurs monastiques, les spiritueux régionaux à redécouvrir, et la nouvelle génération de distillateurs qui bousculent les codes. Avec, en prime, les repères pour choisir une bouteille qui vaut vraiment son prix.
Le renouveau des spiritueux français artisanaux : un héritage en pleine vitalité
Pendant des décennies, le marché français des spiritueux a été dominé par quelques grandes maisons centenaires. Cognac, Armagnac, Calvados, Chartreuse : ces noms suffisaient à incarner le savoir-faire national. Mais depuis le début des années 2010, une nouvelle vague d’artisans distillateurs a profondément modifié le paysage. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on comptait moins de 50 distilleries de whisky en France en 2015, elles sont près de 100 aujourd’hui. Le gin français connaît une explosion similaire.
Ce mouvement s’appuie sur trois piliers. Le premier, c’est l’attachement au terroir. Les distillateurs travaillent avec des matières premières locales : pommes du Pays d’Auge, cerises de Fougerolles, raisins charentais, baies de genièvre des garrigues, herbes de Provence ou plantes alpines. Le deuxième pilier, c’est la maîtrise technique. L’alambic en cuivre reste l’outil central, mais on voit aussi apparaître des techniques modernes comme la distillation sous vide ou l’infusion contrôlée. Le troisième pilier, c’est la transmission. Beaucoup de jeunes distillateurs ont appris auprès d’aînés, dans des ateliers familiaux où chaque geste compte.
Le consommateur français suit cette tendance. D’après les dernières études du Syndicat des Spiritueux de France, près d’un acheteur sur deux déclare privilégier l’origine locale au moment de choisir une bouteille. La demande pour les spiritueux bio, les circuits courts et les produits identifiés a doublé en cinq ans. Ce mouvement de fond profite directement aux petits producteurs, qui peuvent désormais vendre une partie significative de leur production à la ferme ou en circuits courts.
L’eau-de-vie de fruits, fierté des distillateurs régionaux français
L’eau-de-vie de fruits, c’est probablement l’expression la plus pure du terroir français. On prend un fruit mûr, on le fait fermenter, on le distille dans un alambic en cuivre, et on obtient un alcool blanc cristallin qui concentre tous les arômes du fruit. La technique semble simple. Elle demande en réalité une précision extrême et des années d’expérience.
Le kirsch de Fougerolles vient de Haute-Saône, où les cerisiers sauvages couvrent les coteaux depuis le XVIIIe sièclé. Le kirsch bénéficie d’une AOC depuis 2010, ce qui en fait le seul kirsch protégé d’Europe. Les producteurs comme la distillerie Devoille ou Coulin perpétuent une méthode qui exige environ 12 kilos de cerises pour produire une seule bouteille. Cristallin, vif, avec une amertume délicate, le kirsch de Fougerolles s’apprécie en digestif glacé ou en cuisine, dans une fondue savoyarde ou un baba au rhum revisité.
Comme le Chouchen, ces boissons traditionnelles témoignent d’un savoir-faire ancestral.
La mirabelle de Lorraine est issue d’un fruit minuscule, doré, sucré, qui ne pousse vraiment bien que dans le triangle Metz-Nancy-Toul. Les distillateurs lorrains comme la maison Massenez ou la distillerie Lecomte-Blaise travaillent les mirabelles fraîches sur des alambics qui ont parfois plus d’un sièclé. Le résultat : une eau-de-vie d’une finesse rare, légèrement florale, avec ce goût de noyau caractéristique qu’on retrouve seulement dans les bonnes bouteilles.
Tout comme les cidres artisanaux, ces eaux-de-vie reflètent la diversité des terroirs français.
Les eaux-de-vie de poire Williams sont une autre fierté nationale, principalement produites dans le Lyonnais et en Alsace. La célèbre bouteille avec la poire entière à l’intérieur, c’est en fait un savoir-faire complexe : on enfile une bouteille vide sur une branche de poirier au printemps, et le fruit grandit dedans tout l’été avant qu’on remplisse la bouteille d’eau-de-vie. Spectaculaire, et délicieux.
L’Alsace mérite un chapitre à elle seule pour ses eaux-de-vie blanches. Framboise, prunelle, gentiane, sorbier, alisier, houx : la liste des fruits et baies distillés dans les ateliers alsaciens donne le tournis. Des maisons comme Nusbaumer, Lehmann ou Hagmeyer travaillent encore en très petites quantités, avec des fruits récoltés à la main et distillés deux fois pour atteindre la finesse aromatique recherchée.
Le Cognac et l’Armagnac, deux géants au cœur du Sud-Ouest
Impossible de parler de spiritueux français artisanaux sans s’arrêter longuement sur les deux poids lourds de l’eau-de-vie de vin : le Cognac et l’Armagnac. Tous deux sont produits à partir de vins blancs distillés, tous deux vieillissent en fûts de chêne, et pourtant ils n’ont presque rien en commun.
Le Cognac est né en Charente au XVIIe sièclé, à l’époque où les Hollandais cherchaient à concentrer le vin pour faciliter le transport maritime. La distillation se fait en deux passes (la « double distillation charentaise ») sur des alambics en cuivre dits « charentais ». Les eaux-de-vie sont ensuite assemblées et vieillies dans des fûts de chêne du Limousin ou du Tronçais. La maison Hennessy, fondée en 1765, reste la plus connue à l’international, mais des dizaines de petits producteurs comme Frapin, Paul Giraud ou Tesseron font un travail très soigné sur des cuvées limitées.
Côté qualité, les mentions VS, VSOP et XO ne sont pas qu’un argument marketing. Elles correspondent à des durées de vieillissement minimum strictement encadrées par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac. Un XO doit avoir vieilli au moins 10 ans, contre 4 ans pour un VSOP et 2 ans pour un VS. Les cuvées d’exception comme les Hors d’Âge ou les millésimes anciens peuvent compter plusieurs décennies en fût.
L’Armagnac, lui, est plus ancien encore : c’est le plus vieux spiritueux français, distillé en Gascogne depuis 1310. La grande différence avec le Cognac, c’est la méthode de distillation. L’Armagnac est distillé en une seule passe sur un alambic à colonne dit « armagnacais », ce qui donne une eau-de-vie plus rustique, plus aromatique, avec des notes de pruneau, de fruits secs et d’épices.
L’Armagnac reste un univers plus artisanal et plus accessible que le Cognac. Les domaines familiaux comme Château Arton, Domaine Boingnères, Baron de Lustrac ou la coopérative Janneau sortent chaque année des millésimes uniques. On peut acheter une bouteille de Bas-Armagnac de 20 ans d’âge pour le prix d’un Cognac VSOP, ce qui en fait l’un des meilleurs rapports qualité-prix du monde des spiritueux français.
Les grandes liqueurs françaises : Chartreuse, Bénédictine, Cointreau et autres trésors
Si les eaux-de-vie célèbrent le fruit ou la vigne, les liqueurs racontent une autre histoire : celle des plantes, des herbes, des écorces et des secrets bien gardés. La France abrite plusieurs des liqueurs les plus mythiques au monde, dont certaines recettes sont protégées depuis des sièclés.
La Chartreuse est probablement la plus mystérieuse. Fabriquée par les moines chartreux depuis 1605, à partir d’une recette manuscrite contenant 130 plantes, elle existe en deux versions principales : la Verte (55°) et la Jaune (43°). Seuls deux moines connaissent l’intégralité de la formule. La production reste artisanale, à Aiguenoire dans l’Isère depuis 2018, et les bouteilles sont si rares qu’elles font l’objet de spéculations sur le marché secondaire. Une bouteille de Chartreuse VEP (Vieillissement Exceptionnellement Prolongé) peut dépasser les 200 euros.
La Bénédictine est née à Fécamp en 1863, créée par Alexandre Le Grand à partir d’une ancienne recette monastique perdue puis retrouvée. Elle assemble 27 plantes et épices : safran, myrrhe, cannelle, genièvre, vanille, citron, miel et bien d’autres. Le Palais Bénédictine, à Fécamp, est devenu un musée vivant où l’on peut suivre toutes les étapes de la fabrication. Servie en digestif ou dans le cocktail « B&B » (Bénédictine et brandy), elle réchauffe le palais avec ses notes mielées et épicées.
Le Cointreau est apparu à Angers en 1849. Cette liqueur cristalline est obtenue à partir d’écorces d’oranges douces et amères macérées dans de l’alcool neutre, puis distillées. Le Cointreau est devenu un ingrédient pilier de la mixologie mondiale : Margarita, Cosmopolitan, Sidecar, White Lady. Sa production reste centralisée à Angers, dans une distillerie ouverte aux visites, et la maison appartient désormais au groupe Rémy Cointreau.
D’autres liqueurs françaises moins connues méritent le détour. La Suze vient de Pontarlier et tire son amertume caractéristique de la racine de gentiane jaune des montagnes du Jura. L’absinthe, longtemps interdite, est de nouveau produite à Pontarlier par des maisons comme Émile Pernot ou les Fils d’Émile Pernot. La crème de cassis de Dijon reste l’âme du kir bourguignon et bénéficie d’une IGP qui protège l’usage de baies cultivées en Côte-d’Or. La verveine du Velay, produite à Saint-Germain-Laprade depuis 1859, infuse 32 plantes de montagne pour donner une liqueur verte ou jaune au goût mentholé surprenant.
Les spiritueux régionaux à (re)découvrir absolument
Au-delà des grandes appellations, la France regorge de spiritueux régionaux moins connus du grand public mais profondément enracinés dans leurs terroirs. Ces alcools racontent souvent une histoire familiale, agricole, parfois religieuse.
Le Calvados est le compagnon historique des pommes normandes. Distillé à partir de cidre, il vieillit ensuite en fûts de chêne pendant des durées variables. Les meilleurs Calvados Pays d’Auge sont issus d’une double distillation et peuvent dépasser 25 ans d’âge. Les maisons comme Christian Drouin, Roger Groult, Boulard ou Lemorton (spécialiste du Calvados Domfrontais à base de poires) produisent des bouteilles d’une complexité étonnante, à des prix qui restent raisonnables.
Le Pommeau est le petit frère du Calvados : un mélange de moût de pomme non fermenté et d’eau-de-vie de cidre, vieilli en fût. Il se boit frais à l’apéritif et accompagne très bien un foie gras ou un dessert aux pommes.
Le Pineau des Charentes suit la même logique avec le raisin. On marie du moût de raisin frais et du Cognac jeune, puis on laisse vieillir le tout en fût. Blanc ou rosé, jeune ou vieux, le Pineau a obtenu son AOC en 1945. Servi frais, il révèle des notes de miel, de pêche blanche et de fruits secs.
Le Floc de Gascogne est l’équivalent armagnacais : moût de raisin + Armagnac jeune. Lui aussi protégé par une AOC depuis 1990, il accompagne idéalement le melon en apéritif ou les desserts aux fruits.
Le pastis mérite mieux que sa réputation de « boisson de comptoir ». Né à Marseille dans les années 1930 (après l’interdiction de l’absinthe), le pastis artisanal connaît un vrai renouveau. Des maisons comme Henri Bardouin (Provence), Distillerie Combier ou Liquoristerie de Provence proposent des pastis à plus de 50 plantes, infusés à la main, qui n’ont plus grand-chose à voir avec le pastis industriel des grands groupes.
Le génépi des Alpes est un trésor de la haute montagne. La plante sauvage du même nom (Artemisia genipi) ne pousse qu’au-dessus de 2000 mètrès d’altitude, et sa cueillette est strictement encadrée. Macérée dans l’alcool puis sucrée, elle donne une liqueur jaune au goût d’herbe alpine puissant. Les distilleries de Chamonix, Chambéry ou Val d’Isère en font une spécialité bien identifiée.
Le marc de Bourgogne et le marc de Champagne sont obtenus en distillant le marc, c’est-à-dire les peaux, pépins et rafles restants après le pressurage du raisin. Bénéficiant tous deux d’une IGP, ils offrent des eaux-de-vie rustiques et puissantes, souvent vieillies en fût.
Le lambig de Bretagne est l’équivalent breton du Calvados, distillé à partir de cidre. Plus rare, il est produit par quelques distilleries comme Le Père Jules (en Normandie pour le Calvados et en Bretagne pour le lambig) ou la Distillerie de Plomelin. La Bretagne abrite aussi le chouchen, hydromel de tradition celtique, et la liqueur de fraise de Plougastel.
La châtaigne des Cévennes se transforme en liqueur ambrée et veloutée dans des ateliers ardéchois et lozériens. Le château de Bosc ou la distillerie Bourdouil produisent une crème de châtaigne idéale en kir ou en accompagnement de desserts.
La nouvelle vague : whisky, gin et rhum français made in France
Voilà sans doute la révolution la plus spectaculaire des dix dernières années. Des spiritueux qu’on associait spontanément à l’Écosse, à l’Angleterre ou aux Caraïbes sont désormais produits en France, avec un niveau de qualité qui rivalise sérieusement avec les références mondiales.
Le whisky français : de la Bretagne aux Vosges
La France est devenue le sixième producteur mondial de whisky et compte aujourd’hui près de 100 distilleries. Plusieurs maisons sortent du lot. Armorik (Distillerie Warenghem en Bretagne) a été l’une des premières à se lancer dès 1987 et produit des single malts régulièrement primés. Brenne travaille en Charente avec des fûts de Cognac usagés, ce qui donne des whiskies aux notes fruitées uniques. Glann ar Mor en Bretagne et Domaine des Hautes Glaces dans le Trièves se distinguent par une approche très artisanale. Distillerie des Menhirs à Plomelin produit Eddu, un whisky 100 % blé noir breton.
Les Vosges et l’Alsace ne sont pas en reste avec des producteurs comme Distillerie Hepp, Bertrand ou Meyer. La Bourgogne voit émerger Distillerie Combier, et le sud-ouest abrite la Distillerie Castan dans le Tarn.
Le gin français : 200 marques et toujours plus
Le gin a explosé en France à partir de 2015. On dénombre aujourd’hui plus de 200 marques de gin françaises. Quelques piliers : Citadelle (en Charente, issue de Cognac Ferrand), G’Vine (avec sa fleur de vigne caractéristique), Audemus (Pink Pepper Gin), Magellan (gin bleu à l’iris), Generous Gin (distillé à Cognac), Christian Drouin (Gin Le Gin), ou encore La Distillerie de Paris. Chaque région a désormais ses gins identitaires, avec des botaniques locales : lavande de Provence, baies de genièvre du Jura, fleur de sureau, verveine, agrumes corses.
Le rhum agricole français : Antilles et plus
Le rhum agricole de Martinique bénéficie depuis 1996 d’une AOC, la seule AOC rhum au monde. Des marques comme Clément, Neisson, HSE (Habitation Saint-Étienne), JM, Trois Rivières ou La Mauny produisent des rhums à partir de pur jus de canne fraîchement pressé, distillé immédiatement. Le résultat : des rhums beaucoup plus végétaux et complexes que les rhums de mélasse classiques. On voit aussi apparaître des rhums français métropolitains, notamment à partir de mélasse de betterave (Trois Rivières Bio, Distillerie de Paris).
Vodka, eau-de-vie de céréale et autres expérimentations
Quelques pionniers explorent d’autres voies. Grey Goose est produit en Charente-Maritime à base de blé picard. Vodka Mâcon travaille avec du raisin chardonnay. Des distillateurs alsaciens ou lorrains produisent des eaux-de-vie de seigle, d’orge ou de céréales mélangées. Et certains, comme Distillerie de Paris ou Distillerie du Mont Blanc, sortent des liqueurs très créatives à base de café, de poivre ou de plantes oubliées.
Tableau récapitulatif des principaux spiritueux français artisanaux par région
| Spiritueux | Région | Base | Vieillissement | Prix moyen |
|---|---|---|---|---|
| Cognac VSOP | Charente | Vin blanc | 4 à 10 ans | 40-80 € |
| Armagnac VSOP | Gascogne | Vin blanc | 4 ans minimum | 30-60 € |
| Calvados Pays d’Auge | Normandie | Cidre | 2 à 25 ans | 25-100 € |
| Chartreuse Verte | Isère | 130 plantes | 8 ans en fût | 50-70 € |
| Bénédictine | Normandie | 27 plantes | Variable | 25-35 € |
| Cointreau | Anjou | Oranges | Sans vieillissement | 20-30 € |
| Kirsch de Fougerolles | Haute-Saône | Cerises | Court ou aucun | 35-60 € |
| Mirabelle de Lorraine | Lorraine | Mirabelles | Court ou aucun | 30-50 € |
| Pineau des Charentes | Charente | Moût + Cognac | 18 mois minimum | 12-25 € |
| Floc de Gascogne | Gascogne | Moût + Armagnac | 9 mois minimum | 10-20 € |
| Pastis artisanal | Provence | Anis + plantes | Sans vieillissement | 25-50 € |
| Génépi des Alpes | Alpes | Plante Artemisia | Sans vieillissement | 20-40 € |
| Crème de cassis de Dijon | Bourgogne | Baies de cassis | Sans vieillissement | 15-25 € |
| Whisky français | Bretagne, Vosges, Alpes | Orge | 3 à 10 ans | 35-80 € |
| Gin français | Toutes régions | Baies de genièvre | Sans vieillissement | 30-50 € |
| Rhum agricole AOC | Martinique | Jus de canne | Variable | 25-100 € |
Comment reconnaître un spiritueux français vraiment artisanal
Le mot « artisanal » est devenu un argument marketing courant, parfois galvaudé. Quelques repères concrets permettent d’éviter les bouteilles qui ne le sont qu’à moitié.
Vérifier le statut juridique du producteur. Les vraies distilleries artisanales sont en général de petites entreprises, parfois familiales, qui possèdent leur propre alambic et distillent sur place. Une marque qui n’indique pas le lieu exact de distillation, ou qui parle vaguement de « France » sans préciser, mérite la méfiance. Les vrais artisans sont fiers de leur adresse et la mettent en avant.
Repérer les AOC, IGP et labels. Plusieurs spiritueux français bénéficient de signes officiels de qualité : AOC Cognac, AOC Armagnac, AOC Calvados, AOC Chartreuse, AOC Rhum agricole Martinique, AOC Kirsch de Fougerolles, AOC Pineau des Charentes, AOC Floc de Gascogne, AOC Marc de Bourgogne… Ces appellations garantissent une origine et un mode de production précis. L’Indication Géographique Protégée (IGP) est moins stricte mais reste un gage sérieux : IGP Eau-de-vie de cidre de Bretagne, IGP Mirabelle de Lorraine, IGP Crème de cassis de Dijon, par exemple.
Lire l’étiquette avec attention. Les mentions importantes : durée de vieillissement (VS, VSOP, XO, Napoleon, Hors d’Âge), pourcentage d’alcool, lieu d’embouteillage, type d’alambic utilisé. Une bouteille qui mentionne « distillé et embouteillé à la propriété » donne plus de garanties qu’une bouteille « produit en France » sans autre précision.
Préférer les circuits courts. Acheter directement chez le producteur, dans une cave indépendante ou sur un salon spécialisé permet d’avoir des informations directes sur la fabrication. Les salons comme le Whisky Live Paris, le Salon des Spiritueux à Lyon ou les Fêtes du Cognac sont d’excellents terrains de découverte.
Comprendre les prix. Un véritable spiritueux artisanal à un coût de production élevé. En dessous de 20 euros la bouteille, il est rare qu’on ait affaire à un produit 100 % artisanal. Cela ne veut pas dire qu’un spiritueux à 60 euros est forcément meilleur qu’un à 30, mais un Cognac XO authentique en dessous de 50 euros est suspect, et un single malt français à 25 euros est probablement assemblé avec des matières achetées plutôt que distillé sur place.
Comment déguster un spiritueux artisanal français comme un connaisseur
Une bouteille rare ne donne le meilleur d’elle-même que si on prend le temps de la déguster correctement. Quelques règles simples permettent d’éviter les erreurs les plus courantes.
Le verre fait la différence. Pour les eaux-de-vie et les whiskies, le verre tulipe (style verre à cognac ou verre Glencairn) concentre les arômes vers le nez. Pour les liqueurs, un petit verre droit fonctionne bien. Évitez le verre à vin classique qui disperse trop les parfums, et oubliez le verre ballon géant qui donne une impression de mauvais film des années 1970.
La température compte. Le Cognac et l’Armagnac se boivent à température ambiante, autour de 18 à 20 degrés. Un coup de main sur le verre suffit à les réchauffer légèrement, mais surtout pas de chauffage à la flamme : ça brûle les arômes les plus délicats. Les eaux-de-vie blanches (kirsch, mirabelle, poire) se servent au contraire bien fraîches, idéalement entre 8 et 10 degrés. Le Pineau, le Floc et le Pommeau se boivent glacés, entre 6 et 8 degrés. Les liqueurs comme la Chartreuse ou le génépi supportent les deux : nature à température ambiante en digestif, on the rocks en cocktail.
L’ordre de dégustation. Si vous goûtez plusieurs bouteilles à la suite, commencez toujours par les alcools les plus jeunes et les plus légers, et terminez par les plus vieux et les plus puissants. Un Cognac XO de 30 ans après un kirsch à 45°, c’est l’assurance de ne plus rien sentir.
Le rituel de dégustation. Versez une petite quantité (2 à 3 centilitres), observez la couleur et l’épaisseur (les « jambes » sur le verre indiquent la richesse), portez le verre à 10 centimètrès du nez sans le coller, puis prenez une petite gorgée et laissez-la circuler en bouche pendant quelques secondes avant d’avaler. Notez les arômes qui apparaissent : fruits, fleurs, épices, bois, vanille, caramel, cuir… Un bon spiritueux artisanal révèle de nouvelles couches au fil de la dégustation.
Les accords gourmands. Le Cognac et l’Armagnac s’entendent merveilleusement avec un chocolat noir intense, un foie gras mi-cuit ou un fromage à pâte persillée. Le Calvados se marie avec un dessert à la pomme, un munster ou un cigare. Le Pineau et le Floc sont parfaits avec le melon, le foie gras ou un dessert aux fruits secs. La Chartreuse Verte trouve son alter ego dans un dessert au chocolat ou un fromage de chèvre frais. Les whiskies français s’apprécient avec un fromage à pâte dure, un chocolat aux fruits secs ou simplement un cigare.
Où acheter de bons spiritueux français artisanaux
Plusieurs canaux permettent de trouver des bouteilles authentiques sans se ruiner ni se faire avoir.
Les caves spécialisées indépendantes restent la valeur sûre. Un caviste passionné connaît ses producteurs, peut raconter l’histoire de chaque bouteille, et propose souvent des dégustations gratuites. Évitez les rayons spiritueux des hypermarchés sauf pour les références industrielles bien identifiées.
La vente directe à la distillerie offre les meilleurs prix et un contact direct avec le producteur. La plupart des distilleries artisanales acceptent les visites avec dégustation, sur réservation. C’est aussi l’occasion de découvrir des cuvées limitées qui ne sortent pas du circuit habituel.
Les sites de cavistes en ligne sérieux proposent un choix élargi et des descriptifs détaillés. Vérifiez toujours les conditions de stockage et de livraison, car les spiritueux supportent mal les variations extrêmes de température.
Les salons et foires aux spiritueux sont l’occasion de goûter et d’acheter en une seule fois. Le Whisky Live Paris, le Salon Cuvée Champagne et Spiritueux, les Fêtes de l’Armagnac à Eauze, le Festival du Cognac à Cognac, ou les marchés des producteurs régionaux sont autant d’événements où l’on peut faire de belles découvertes.
Les box spécialisées permettent de découvrir plusieurs producteurs chaque mois sans engagement long. Plusieurs box françaises se sont spécialisées sur le whisky français, le gin artisanal ou les spiritueux du terroir.
FAQ sur les spiritueux français artisanaux
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